
De gauche à droite : Édouard Balladur, Nicolas Sarkozy, Hélène de Yougoslavie, Ziad Takieddine, Nicola Johnson, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire. © Montage LePoint.fr
Édouard Balladur
L’ancien Premier ministre RPR de François Mitterrand est cité dans le dossier à plus d’un titre. D’une part, parce qu’il était à Matignon en 1994 lorsque le contrat Agosta de vente de sous-marins au Pakistan a été signé et, d’autre part, parce que la justice soupçonne que ce même contrat ainsi qu’un second (Sawari II) concernant une vente de frégates à l’Arabie saoudite ont donné lieu au versement de rétrocommissions destinées à financer sa campagne présidentielle. L’année suivante, Édouard Balladur affronte Lionel Jospin, mais aussi son « ami » politique Jacques Chirac dans la course à la magistrature suprême.
Jusqu’ici, rien n’a permis de confirmer pleinement ces soupçons, mais la présence d’importantes sommes versées en liquide dans ses comptes de campagne et dont la provenance n’a pas pu être clairement établie alimente les doutes. Édouard Balladur prétend qu’elles proviennent de la vente de gadgets lors de meetings et dément catégoriquement tout financement occulte.
Nicolas Bazire
L’ancien directeur de campagne d’Édouard Balladur – qui a aussi été son directeur de cabinet à Matignon – a été mis en examen jeudi 22 septembre pour « complicité d’abus de biens sociaux » sur fond de soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle de 1995. Son nom aurait été cité par plusieurs témoins qui ont assuré qu’il avait dans son bureau un coffre-fort destiné à entreposer de « grosses sommes » d’argent liquide. Selon un autre témoin, Hélène de Yougoslavie, il aurait été le destinataire de mallettes de billets que son mari Thierry Gaubert et Ziad Takieddine ramenaient de Suisse.
L’implication de Nicolas Bazire contribue fortement à resserrer l’étau de l’affaire Karachi autour du chef de l’État Nicolas Sarkozy, car les deux hommes sont très proches. En 1995, ils formaient le duo de choc de la campagne d’Édouard Balladur. Devenu directeur général du groupe Arnault dans les années 2000, Nicolas Bazire est même le témoin de mariage de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni. En 2009, il avait pris la tête du conseil de surveillance de la Fondation pour l’innovation politique, un think tank proche de la droite.
Jacques Chirac
Victorieux à l’issue de l’élection présidentielle de 1995, Jacques Chirac aurait eu rapidement des soupçons sur un possible financement occulte de la campagne de son « frère ennemi » Édouard Balladur. Il aurait alors chargé son ministre de la Défense Charles Millon d’une petite enquête…
À l’issue de celle-ci, le président aurait acquis la conviction que des rétrocommissions, en lien avec les contrats d’armement gérés en 1994 par le gouvernement Balladur, avaient bien servi à alimenter financièrement son concurrent. Le principe de la rétrocommission est simple : les intermédiaires sont rémunérés de telle sorte qu’ils reversent discrètement une partie de leurs commissions au payeur. Une pratique illégale.
De là, le chef de l’État aurait chargé le secrétaire général de l’Élysée de l’époque, Dominique de Villepin, de faire stopper le versement des rétrocommissions. Une version toutefois contestée par Ziad Takieddine, qui assure étrangement que l’affaire a été réglée, avec l’accord de Jacques Chirac, par le Premier ministre libanais Rafic Hariri.
L’arrêt des versements pourrait être à l’origine de l’attentat de Karachi, qui a fait quatorze morts, dont onze Français, employés de la Direction des constructions navales (DCN), le 8 mai 2002, au Pakistan.
Thierry Gaubert
Ce proche de Nicolas Sarkozy a été mis en examen mercredi 21 septembre pour « recel d’abus de biens sociaux », toujours dans le cadre du volet financier de l’affaire Karachi. Pour le président de la République, c’est un ami. Les deux hommes ont travaillé côte à côte à la mairie de Neuilly, puis au ministère du Budget. Vers la fin des années quatre-vingt-dix, Gaubert avait toutefois pris ses distances avec la politique à la suite d’une affaire de détournements de fonds dans les Hauts-de-Seine.
C’est son épouse, la princesse Hélène de Yougoslavie dont il vit séparé, qui a largement contribué à sa mise en cause. Elle aurait déclaré au juge Van Ruymbeke en charge de l’affaire que son mari avait fait, dans les années 1994-1995, plusieurs voyages en Suisse en compagnie de Ziad Takieddine. Selon elle, l’objectif était de ramener de « volumineuses valises de billets » qui étaient ensuite remises à Nicolas Bazire.
Brice Hortefeux
L’ancien ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy a fait récemment son apparition dans le dossier Karachi. Outre sa proximité tout amicale avec le sulfureux Ziad Takieddine, ce très proche du chef de l’État est sous le coup d’une plainte des familles de victimes de l’attentat de Karachi pour « subornation de témoin », « entrave à la manifestation de la vérité » et « violation du secret de l’enquête », après la révélation d’une conversation téléphonique avec son ami Thierry Gaubert, mis en examen dans l’enquête sur le volet financier de l’attentat de Karachi.
Dans cette conversation du 14 septembre, enregistrée par la police, l’ancien ministre prévient l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy que son épouse l’a mis en cause auprès des enquêteurs. « Hélène (sa femme, NDLR) balance beaucoup. Mais ça m’embête de te le dire par téléphone. (…) Il y a beaucoup de choses », lui dit-il alors. Problème : à cet instant précis, l’audition d’Hélène de Yougoslavie n’est connue que des enquêteurs et du juge Van Ruymbeke…
Comment Brice Hortefeux a-t-il su que la femme de Thierry Gaubert s’était ainsi confiée aux policiers alors même qu’elle avait été entendue sous X ? Pour le déterminer, le parquet de Paris a ouvert le 23 septembre une enquête préliminaire pour « violation du secret professionnel » et « recel ».
Nicola Johnson
La riche Anglaise était jusqu’à très récemment l’épouse de Ziad Takieddine, rencontré alors qu’elle faisait du ski sur les pistes d’Isola 2000, station de sports d’hiver des Alpes-Maritimes que dirigeait alors l’homme d’affaires franco-libanais. Mais, sur fond de divorce tumultueux, elle aurait beaucoup contribué à sa mise en examen. D’abord en arguant de l’opacité de la fortune de son époux, puis en évoquant, cette fois devant le juge Renaud Van Ruymbeke, des liens étroits entre Ziad Takieddine, Renaud Donnedieu de Vabres – le directeur de cabinet du ministre de la Défense François Léotard – et deux proches du président Sarkozy : Nicolas Bazire et Thierry Gaubert.
François Léotard
En 1994, François Léotard est le ministre de la Défense dans le gouvernement d’Édouard Balladur. À ce titre, il suit de près les négociations portant sur le contrat de vente de sous-marins au Pakistan et, in fine, le valide. Son directeur de cabinet Renaud Donnedieu de Vabres aurait imposé deux intermédiaires dans les tractations, Abdul Rahman el-Assir et un certain Ziad Takieddine. Mais ce dernier n’est pas non plus un inconnu pour François Léotard. Le ministre le fréquente à titre privé depuis plusieurs années à Isola 2000.
Ziad Takieddine
Le sulfureux homme d’affaires franco-libanais a été mis en examen pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » sur fond de soupçons de financement illicite de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995. Selon les informations du site d’informations Mediapart, Ziad Takieddine aurait servi d’intermédiaire dans les négociations des contrats d’armement Agosta et Sawari II, signés, en 1994, entre la France et, respectivement, le Pakistan et l’Arabie saoudite.
À ce titre, lui et un acolyte répondant au nom d’Abdul Rahman el-Assir devaient, selon des témoins, toucher 4 % des fruits de ces transactions. Une pratique qui était encore autorisée à l’époque au titre des frais commerciaux exceptionnels (FCE) – leur utilisation pour le financement politique étant en revanche illégale – et sur laquelle le milliardaire Takieddine aurait très largement bâti sa fortune. Toutefois, si l’homme a reconnu son rôle dans la conclusion du contrat de vente de frégates à l’Arabie saoudite (Sawari II), il dément toute implication dans les négociations avec le Pakistan (Agosta).
Lors de son interrogatoire le 14 septembre, Takieddine a également mis en cause Jacques Chirac et Dominique de Villepin qui se sont jusqu’ici présentés comme les « messieurs propres » dans cette affaire. L’homme d’affaires affirme avoir perçu les sommes qui lui étaient « dues » dans le cadre du contrat Sawari II avec l’accord de Jacques Chirac. Il assure avoir été réglé non pas par la France, mais par la Banque de la Méditerranée appartenant à son ami l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, un proche de Jacques Chirac. Selon Ziad Takkiedine, Hariri aurait intercédé en sa faveur auprès de l’ancien président.
Par ailleurs, il apparaît que Ziad Takieddine, un temps directeur de la station de ski Isola 2000, s’était lié d’amitié avec plusieurs personnalités politiques proches d’Édouard Balladur et de Nicolas Sarkozy, parmi lesquelles François Léotard, Jean-François Copé, Brice Hortefeux et Claude Guéant. C’est d’ailleurs par le cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense d’Édouard Balladur, que le Franco-Libanais aurait été imposé comme intermédiaire dans les négociations des fameux contrats d’armement signés en 1994…
Nicolas Sarkozy
Au fil de l’enquête, l’étau se resserre sur l’actuel chef de l’État. Nicolas Sarkozy est, en 1995, très proche du Premier ministre Édouard Balladur. Après avoir été son ministre du Budget et le porte-parole de son gouvernement, il devient officiellement porte-parole du candidat à la présidentielle.
Par ailleurs, en tant que ministre du Budget de Balladur, toujours selon les révélation de Mediapart, Nicolas Sarkozy a validé en 1994 la création d’une société luxembourgeoise, baptisée Heine, par laquelle les commissions occultes pourraient avoir transité.
Selon le chef de l’État, l’hypothèse d’un lien entre l’attentat de Karachi et l’arrêt de versements de commissions destinées à financer la campagne d’Édouard Balladur est « une fable », « grotesque » et « ridicule ».
Hélène de Yougoslavie
La princesse de Yougoslavie, petite-fille du roi Umberto II d’Italie, est l’épouse de Thierry Gaubert depuis 1988, mais les deux vivent séparés depuis quelques années. Interrogée par le juge Van Ruymbeke, elle aurait indiqué que son mari s’est rendu à plusieurs reprises en Suisse en compagnie de Ziad Takieddine pour récupérer de « volumineuses valises de billets ». Du cash qui était ensuite remis, selon elle, à Nicolas Bazire.
Elle a confirmé ces propos le 24 septembre dans les colonnes du quotidien Le Monde. « Il passait systématiquement, à l’aller comme au retour, par Londres, afin, me disait-il, d’éviter des contrôles douaniers à la frontière franco-suisse », a-t-elle indiqué. « Il m’a dit un jour qu’il allait chercher ces espèces en Suisse pour les remettre à Nicolas Bazire. » L’une de ses filles, Milena, l’accuse de vouloir se venger de son père.
Par Chloé Durand-Parenti
http://www.lepoint.fr/politique/dix-protagonistes-de-l-affaire-takieddine-28-09-2011-1378283_20.php










[...] le cadre du « Karachigate », Brice Hortefeux a été entendu comme témoin par le juge chargé de l’enquête préliminaire [...]